La manipulation de la pensée, on peut tous en être victime. Et il existe un piège auquel vous devez prendre garde pour l’éviter.
Manipulation

La manipulation de la pensée consiste à orienter frauduleusement la façon de penser d’un individu.
Et donc son opinion.
On va l’amener à penser une chose que l’on souhaite.
Souvent dans le but de berner, de cacher quelque chose ou d’inciter la personne à certains comportements.
Personne évidemment n’aime être manipulé.
Lorsqu’on s’en rend compte, on fait généralement face à des émotions et pensées négatives, comme l’incompréhension, la colère ou la déception.
Et l’on a une seule idée en tête : éviter de se faire avoir à nouveau.
Mais cela, c’est la théorie.
Car en pratique, beaucoup de personnes préfèrent se voiler la face dans certains cas.
Lesquels ?
Lorsque la manipulation touche au fondement de leur être.
Lorsqu’il est plus confortable de croire à la manipulation, que de sortir du sortilège.
Vous êtes d’autant plus sensible à ce type de manipulation si votre estime est basse.
Si vos besoins d’appartenance et de reconnaissance sont grands.
Si vous manquez de colonne vertébrale intérieure.
Et bien sûr si vous êtes trop sensible aux regards des autres.
Ainsi qu’aux figures d’autorité.
Dans ce cas, vous pouvez tomber dans un piège de la manipulation de pensée qui sévit outrageusement ces dernières années.
Un piège qui n’a rien à voir avec votre intelligence et votre niveau d’étude.

Complosophisme
Il s’agit du complosophisme, concept mis en avant par le philosophe Alexis Haupt :
fait de coller l’étiquette de « complotiste » sur quiconque remet en question le discours officiel pour ne pas avoir à débattre de ses arguments.
C’est la censure du 21ème siècle.
Alexis Haupt déploie ce concept dans son ouvrage « Médiavers, médiathéisme et complosophisme » où il explique :
Le complosophisme tue dans l’œuf la confrontation avec les arguments d’autrui, c’est une fuite en avant du débat. C’est l’arme idéale pour saboter le débat avec ceux qui ont quelque chose à dire. Son entreprise est d’avorter les débats, faire en sorte qu’ils n’aient pas lieu. Toujours garder cela en mémoire.
Le complosophisme est donc l’inverse de la pensée critique.
On annihile le débat.
Il n’a pas lieu parce que l’on fait subir à l’interlocuteur qui émet un avis différent une attaque ad hominem.
La manipulation consiste à jeter l’opprobre non sur le discours mais sur la personne.
Le complosophisme est le nouveau point godwin, auquel il est souvent d’ailleurs associé pour enfoncer le clou.
Et décourager toute personne qui « souhaite penser comme tout le monde » – autrement dit comme la doxa – à vraiment écouter et considérer les arguments.
Sanctions, privation de droits et de liberté
La manipulation qu’est le complosophisme peut amener à des privations de droits et libertés :
Parler d’esprit malade, de personnalité ou de pratique déviantes, d’antiscience, de dérives sectaires ou de gourou, dans l’unique but de pathologiser le discours d’une personne et ne pas se pencher sur ses arguments, est une forme de complosophisme. Comprendre cela, c’est comprendre le risque que peut faire planer au-dessus des citoyens une traque contre les dérives sectaires. Car derrière une prétendue chasse au dérives sectaires, au complotisme ou aux fausses informations, un État aux velléités totalitaires peut tout à fait mener à bien un projet visant à interdire toute remise en question de son récit sur un domaine donné : science, médecine, écologie, économie… En d’autres termes, le chantage à la dérive sectaire, en cela qu’il consiste à psychiatriser son adversaire, est une réelle forme de complosophisme pouvant aller jusqu’à la chasse aux sorcières et la répression politique par tous les moyens pour tout individu exprimant un désaccord avec son gouvernement (amendes, emprisonnement, privation des droits fondamentaux ou restriction des liberté).
Il faut bien avoir en tête comme l’exprime Ariane Bilheran dans son ouvrage Psycho-pathologie du totalitarisme que ce ne sont pas uniquement les individus qui argumentent contre la doxa qui sont en danger de se voir supprimer des droits et libertés.
Le citoyen lambda aussi peut se voir infliger des sanctions.
Même s’il se conforme en tout point aux injonctions et adopte le discours dominant.
Contrairement à ce qu’il pense, adopter lui aussi la manipulation de pensée du complosophisme ne le sauvera pas.
Même s’il y met tout son zèle, pointe du doigt et dénonce ceux qui pensent différemment.
En plus il est toujours bon de se rappeler que les collaborateurs n’ont pas été bien vus au sortir de la seconde guerre mondiale…
Se prémunir contre la manipulation
Alors que faire pour ne pas tomber dans le piège et risquer de perdre beaucoup ?
Pour se prémunir de la manipulation du complosophisme ?
Pour Alexis Haupt :
La juste attitude à avoir est celle prônée par René Descartes : douter méthodiquement de tous les récits que nous entendons, et ce, au moins une fois. Cela comprend trois temps. Suspendre notre jugement face à ces récits, investiguer, et enfin soutenir ou réfuter ledit récit que l’on vient de passer sous le filtre du doute. Sans ces trois étapes, on ne pense pas, on répète.
Pour être accepté du groupe, parce qu’on est fatigué, qu’on n’a pas le temps.
Parce qu’on fait confiance aux figures d’autorité.
Alors on peut avoir tendance à faire preuve de psittacisme, à répéter sans interroger.
On peut tous le faire sur certains sujets.
Mais pour ceux qui sont importants, qui ont un impact direct sur nos vies, celles de nos enfants, de notre famille, de nos concitoyens, la plus grande vigilance est de mise.
Et exercer le doute, interroger notre sens critique est alors essentiel.
Le philosophe ajoute :
Toute information qui parvient aux oreilles d’une personne doit patienter dans un sas d’entrée avant d’être validée ou rejetée. Elle doit patienter sagement le temps que la raison la passe au crible et en recherche les éventuelles failles. Toutes les informations parvenant à nos oreilles doivent passer par ce processus : celles officielles et celle dissidentes.
C’est un point crucial !
Ce n’est pas parce qu’une opinion diffère de la doxa qu’elle est fortement juste.
Ce n’est pas parce que des figures d’autorité, des médias, sont souvent pris en flagrant délit de mensonge qu’ils ne disent jamais la vérité.
Manipuler la masse : une ingénierie sociale
La manipulation qu’est le complosophisme est dangereuse pour tout un chacun.
Elle attaque et trompe tout le monde :
le complosophisme n’est pas qu’une censure, c’est aussi une méthode de manipulation de masse dont l’entreprise est d’une part de conduire les gens à l’autocensure, et, d’autre part, de manipuler la masse pour qu’elle considère comme délirant quiconque doute, analyse les faits, vérifie et pointe du doigt des failles dans le narratif dominant. Pire encore, c’est une ingénierie sociale visant à psychiatriser quiconque veut aborder ce qui a toujours existé dans les sociétés humaines : les conflits d’intérêts, la corruption, les mensonges médiatiques, les abus de pouvoir, ou autres projets totalitaires. Le complosophisme fait donc trois sortes de victimes. Il censure celui qui remet en question le récit dominant, il manipule la population pour qu’elle ait peur d’exprimer ses doutes, et enfin, il poursuit son entreprise de manipulation de masse de sorte que les gens finissent eux-mêmes par taxer de délirants ceux qui s’interrogent et expriment leurs doutes.
Alors certains pourraient penser que cela « part d’un bon sentiment », à la base.
Mais Alexis Haupt prévient qu’il faut éviter de se faire berner :
L’objectif prétendu du complosophisme est de traquer les théories farfelues et les fausses informations ; son objectif réel est de faire triompher la propagande en ridiculisant ou en psychiatrisant ceux qui recherchent la vérité. Au sens large, on peut dire que toute entreprise qui consiste à censurer la vérité sous couvert de lutte contre la désinformation est une sorte de complosophisme en cela que son objectif est de faire passer pour propagateurs de théories délirantes, ou autres fausses informations, ceux que l’on désire museler.
Car c’est bien la liberté d’expression que l’on attaque par la manipulation de pensée qu’est le complosophisme pour induire des (millions) de personnes en erreur.
Et leur faire accepter et commettre des choses auxquelles elles seraient farouchement opposées en temps normal, si elles pouvaient réellement avoir entre les mains différents arguments, contradictions et points de vue.
On ne peut penser clair si les prémisses que l’on nous donne sont fausses et que l’on n’autorise pas à les remettre en question, ne serait-ce que pour tester leur validité.
Et vous, pensez-vous avoir été victime de la manipulation de pensée qu’est le complosophisme ? À quelle(s) occasion(s) ? Qu’allez-vous modifier dans votre façon d’aborder l’information au sens large pour éviter de vous faire avoir la prochaine fois ? Partagez votre expérience dans les commentaires ci-dessous 🙂
On peut tous se faire manipuler dans des tas de domaines. Ce n’est jamais agréable. Car on se sent trahi, en colère, démuni. On pense se sentir idiot aussi. Pourtant, on peut tous être victime de manipulation.
L’une d’entre elle n’a rien à voir avec l’intelligence : c’est le complosophisme.
Il vise à discréditer le discours d’une personne qui ne plaît pas – souvent parce qu’il ne se conforme pas à la doxa – mais auxquels on n’a pas d’arguments à opposer.
Ce piège est dangereux aussi bien pour les personnes pointées du doigt que pour celles qui tombent dans la conformité. Il peut mener pour tout un chacun à des sanctions, y compris des privations de droits et liberté.
Votre intérêt est donc grand d’éviter de tomber dans ce piège de la pensée.
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